EDP 1999 | Couleurs végétales | L’indigo et la pourpre

L’INDIGO ET LA POURPRE : 5000 ANS D’HISTOIRE HAUTE EN COULEURS

Rolf Haubrichs

Intervention le 19 mars 1999 aux Rencontres scientifiques d’Apt en couleur 1999 « La couleur ce végétal » Ecole de printemps™

L’INDIGO

En regardant autour de nous, la couleur bleue est très présente :
-Le ciel, l’eau en sont les exemples les plus visibles, mais ce bleu est un bleu insaisissable, non isolable.
– Dans le règne minéral cette couleur est plutôt une rareté ; lapis-lazuli, dérivés du cuivre, saphir.
-Le règne animal nous fournit aussi quelques exemples ; les papillons comme par exemple le Morpho, quelques singes, des plumes d’oiseaux ou les pattes du fou du même nom ou encore le sang des scorpions, des araignées ou des limules.

Toutes ces couleurs bleues proviennent cependant de phénomènes d’interférences ; soit elles sont impossible à séparer de leur support ou ne présentent qu’une faible stabilité une fois isolées.
C’est dans le règne végétal que l’on trouve la plus grande diversité de bleu sous forme de baies, de fruits, certain bois (bois de campêche) ou lichens (teinture de tournesol). Les fleurs bleues sont aussi assez courantes, mais très peu d’entre elles offrent une solidité suffisante qui les rend utilisables pour des teintures ou comme pigments.

L’indigo apparaît comme une exception majeure.
Cette matière était déjà décrite par Pline l’Ancien dans son monumental ouvrage d’histoire naturelle (en 37 volumes !). Il ne mentionne cependant pas clairement son origine.
Il parle d’une matière qui était déjà souvent frelatée avec de la craie !19, 32
Un grand mystère entourait cette substance que les Egyptiens et surtout les Indiens d’Asie connaissaient déjà depuis plusieurs millénaires.1,2
Elle provenait d’une plante appelée “nilah”.
Cette plante ne fournissait aucun indice extérieur permettant de deviner qu’elle pourrait servir à teindre en bleu.

Aujourd’hui on classe cette plante dans la famille des légumineuses et l’on en connaît plusieurs centaines d’espèces dont 39 en Asie du Sud-Est10.
Une des espèces la plus riche en colorant est l’Indigofera tinctoria.
Cette plante cultivée dans d’énormes plantations principalement au Bengale (le Bangladesh actuel) recouvrait environ 700 000 hectares, soit environ la superficie de la Savoie.

Pour libérer la matière colorante, l’indigo (ou indigotine) proprement dit, il faut soumettre les feuilles et tiges à un traitement spécifique qui libère celui-ci.
Ce traitement fait parti des rares procédés biochimiques que l’on connaît depuis des millénaires, comme la fermentation alcoolique, la fabrication du pain, du fromage ou le tannage du cuir.
Les plantes sont placées dans de grandes cuves, additionnées d’eau alcaline. L’alcalinité est obtenue par addition de chaux ou d’urine qui en fermentant fournit de l’ammoniaque. Dans ce milieu basique, des enzymes sont activés et provoquent la scission du glucoside présent dans la plante en indoxyle et en un sucre.
Après un temps variable dépendant de la température, de la concentration et de nombreux autres facteurs (ou intervient tout le savoir-faire du responsable de l’opération), le liquide surnageant est retiré.
Celui-ci est alors soumit à une aération, obtenue en fouettant la solution à l’aide de grandes perches ramifiées.
L’oxygène réagit avec l’indoxyle et peu à peu il se forme une couche de couleur cuivrée à la surface. Au fur et à mesure que le milieu s’enrichit en indigo, celui-ci précipite sous forme d’une poudre bleue très foncée. Cette précipitation est parfois aidée par l’utilisation de certaines plantes qui, en fournissant une gomme, facilite l’agglomération du colorant.
Le colorant décanté est placé dans des sortes de chaussettes en toile et l’excès de liquide est extrait par compression. La pâte obtenue est ensuite soumise à un second pressage pour obtenir des blocs cubiques qui sont ensuite séchés puis mis en vente.
Plus le processus a été soigneusement effectué, plus l’indigo obtenu est pur et cher.
L’indigo très pur doit avoir un aspect presque gras au toucher et laisser une trace bleu uniforme sur le papier.

Dès la découverte de la route maritime des Indes par Vasco de Gama en 1498, la porte était ouverte pour l’importation massive de cet indigo.
Il fera une concurrence énorme à l’indigo extrait en Europe d’une plante de la famille des Crucifères : Le pastel ou guède (Isatis tinctoria).
Cette plante couvrait en Europe les besoins en teinture bleue.
Elle contient le même colorant que l’indigotier, mais sous une autre forme chimique et surtout à une concentration nettement plus faible.
L’importation de l’indigo asiatique, beaucoup moins chère que le pastel indigène, finira par faire disparaître cette culture du sud de la France.
De nombreux décrets, interdisant l’importation de ce colorant ne parviendront pas à arrêter le commerce illégal de ce produit.
Henri IV, vers 1609, punit même de peine de mort les contrevenants.

Les Portugais qui dominent ce marché, appelle cette couleur “anil” une modification du mot hindou “nilah” auquel les Arabes ont rajouté le préfixe “al” et qui deviendra par contraction “anil”.
Il est intéressant de noter que l’importance de l’indigo se retrouve encore de nos jours, par le fait que “anil” est toujours le mot portugais utilisé pour dire bleu.

L’importance de l’indigo dans le monde est illustrée par les nombreuses traces que cette couleur a laissées sur tous les continents.
Par exemple en Mauritanie, on a retrouvé des coquillages vieux de plusieurs siècles contenant de l’indigo.
Les Touaregs connaissent également ce produit depuis fort longtemps et l’utilisent à une telle concentration que les tissus sont complètement recouverts du produit solide, donnant ces reflets cuivrés caractéristiques.
Les pays musulmans nous ont légué de beaux documents teints en bleu ; il existe encore de très belles éditions du Coran enluminées avec cette couleur.
Les Chinois et les Japonais nous ont montré, à travers leurs fabuleux costumes, qu’ils étaient probablement les maîtres dans l’utilisation de cette teinture.
En Amérique du Sud l’indigo extrait d’Indigofera suffruticosa était aussi connu depuis la nuit des temps et est encore utilisé de nos jours pour divers rites31.

Plus près de nous, l’église a beaucoup utilisé l’indigo dans l’art sacré.
Les peintres l’utilisaient en grande quantité grâce à sa solidité à la lumière.
Cette couleur, comme la garance pour les rouges, était aussi de première importance pour les armées.

Devant une si grande distribution, on ne s’étonne pas que cette couleur ait suscité la curiosité des scientifiques et plus particulièrement des chimistes.
En 1826 Unverdorben chauffe fortement de l’indigo à l’abri de l’air et obtient une huile d’odeur nauséabonde qu’il appellera “aniline”28.
En 1856 Perkin en Angleterre obtient une couleur mauve en oxydant cette aniline. Il l’appellera “mauvéine”. C’est le début de l’industrie des colorants synthétiques. L’aniline deviendra quelques années plus tard d’une importance telle que de nombreuses entreprises l’utiliseront dans leur nom.
Par ex. BASF en 1865 : Badische Anilin und Soda Fabrik ; ou encore AGFA en 1873 : AktienGesellschaft Für Anilinfarben.
En 1841 en chauffant l’indigo avec de la potasse, Fritsche obtient de l’acide anthranilique.
La voie était ouverte à Adolf Bayer pour établir la structure de l’indigo.
Ces travaux commencèrent en 1865.
En 1880 il dépose un brevet protégeant la fabrication de l’indigo à partir de l’ortho-nitrobenzaldéhyde.
La structure exacte de l’indigo n’était pas encore connue à ce moment là. Elle apparaîtra pour la première fois dans une lettre que Bayer adressera en 1883 à Heinrich Caro, le directeur de BASF.
Cette synthèse ne réussira pas à concurrencer l’indigo naturel, mais son annonce secouera fortement le marché, faisant momentanément chuter les prix.

En 1890, un Zurichois, Karl Heumann, propose une synthèse de l’indigo à partir d’aniline, d’acide acétique, de soude caustique et de chlore à BASF. L’entreprise fut très vivement intéressée, car elle fabriquait déjà toutes ces matières dans ses usines.
L’énorme demande en indigo obligera cette société à développer l’industrie du chlore avec toutes les difficultés liées à la manipulation de ce gaz hautement corrosif.
Cette expérience dans cette technologie lui sera très utile pour le développement ultérieur de l’ammoniac synthétique et avec celui-ci de l’acide nitrique qui servira entre autre à fabriquer des engrais et des explosifs.
Quelques années plus tard l’aniline sera remplacée par le naphtalène comme matière première. Là encore l’expérience de la manipulation des gaz sera essentielle pour produire les énormes quantités d’acide sulfurique fumant nécessaires.

Ce n’est que vers la fin du 19ème siècle que ces recherches qui coûtèrent dix-huit millions de mark-or à la maison (soit plus que le capital de l’entreprise à cette époque !) seront rentabilisées. Un chiffre permet de l’illustrer :
En 1897 on importait en Allemagne 1 000 tonnes d’indigo pour une valeur de 8,3 millions de marks. En 1913 les exportations se montaient à 33 000 tonnes du produit synthétique pour une valeur de 54 millions de marks.

La recherche ne s’arrêtant pas, l’indigo sera bientôt concurrencé par un autre colorant de synthèse (l’Indanthrène®) fabriqué par… BASF.
L’Indanthrène® offrait une plus grande solidité au lavage et à la lumière.
La production d’indigo qui atteignit plus de 40 000 tonnes redescendra à quelques milliers de tonnes par année.
Les bombardements des usines durant la première Guerre Mondiale marque la fin du quasi-monopole allemand de la fabrication des colorants.
Les années soixante-dix avec la mode des blue-jeans, fait revivre la production de l’indigo. En effet, la couleur bleu délavé, typique de cette toile, ne s’obtient qu’avec ce colorant. L’indigo se détache peu à peu et mécaniquement à chaque lavage. Un colorant plus solide (comme l’Indanthrène®) ne subirait pas ce délavage.

Le succès des jeans persistant toujours, la production d’indigo est remontée à environ 14 000 tonnes pour teindre plus d’un milliard de paires de jeans par an.
A un prix d’environ 100 FF le kilo, cela représente un marché de près d’un milliard et demi de FF25.
Pour mieux visualiser ce que représentent 14 000 tonnes, il suffit de s’imaginer un alignement de 700 camions, soit une file de plus d’une dizaine de kilomètres.
L’indigo, plus d’un siècle après sa production industrielle et plus de cinq millénaires après sa découverte mérite donc toujours son appellation de roi des colorants.

LA POURPRE

Les premiers écrits (en écriture cunéiforme) sur la pourpre remontent aux temps des Assyriens c.-à-d. à plus d’un millénaire avant notre ère 9a.
Des céramiques colorées ont été datées de 1400 ans avant J.-C., soit vers la fin de l’âge du Bronze chez les Phéniciens sur la côte de l’actuel Liban. La couleur était toujours conservée, protégée par la sécheresse.
De nombreux papyrus du début de notre ère en font également mention3,8,9b.
En 331 avant J.-C., alors qu’Alexandre le Grand prenait Suse la capitale de la Perse, il y trouva dans le trésor royal des vêtements teints à la pourpre, d’une valeur estimée à 29 millions de francs or en 1890. Vieux de près de deux siècles, ils n’avaient rien perdu de leur éclat.
On raconte que Cléopâtre, dans sa bataille navale d’Actium contre Auguste et Agrippa, naviguait sur une galère munie d’une voile pourpre.
L’empereur Néron amena cette teinture au firmament, se la réservant pour lui seul, sous peine de mort 5! On dit même qu’il organisa des combats de gladiateurs contre des fauves teints de pourpre dans des arènes recouvertes de sable de malachite verte. L’histoire ne dit pas comment il maîtrisa les fauves.
Certains documents anciens nous renseignent sur le prix atteint par des fibres teinte à la pourpre34.
La vraie couleur de la pourpre et son importance chez les Grecs ou plus tard a donné lieu à un grand nombre d’études 35,39.
La chute de Byzance (Constantinople) en 1453 marquant la fin du Moyen Âge entraîna aussi la fin du règne de la pourpre après des siècles de noblesse.33
La pourpre entra ensuite dans l’oubli, remplacé par des couleurs moins chères comme la cochenille.
Elle ne disparût toutefois pas complètement comme en témoigne le mot “porphyrogénète” crée en 1690, signifiant “née dans la pourpre” et qui s’appliquait aux fils des empereurs byzantins nés pendant le règne de leur père.

D’où venait donc cette couleur ?
Les documents anciens nous indiquent des procédures qui sont toujours utilisables actuellement.
Pour teindre à la pourpre, il faut d’abord se procurer des coquillages de la famille des Murex et extraire la partie de l’animal où se trouve la glande hypobranchiale. Celle-ci se présente comme une petite bande d’environ deux centimètres de long sur cinq millimètres de large et de moins d’un millimètre d’épaisseur. Cette glande sécrète un mucus contenant les précurseurs de la pourpre.
Ces précurseurs sont comme pour l’indigo sous une forme incolore et développent leurs couleurs à l’air. La lumière peut influencer le phénomène, comme l’espèce de coquillage utilisé12.
Ces glandes sont laissées plusieurs jours à une température d’une quarantaine de degrés dans un milieu alcalin à base d’urine et d’autres ingrédients.
Les tissus sont ensuite trempés dans ces bains et exposés à l’air pour que la couleur se développe.
Les tons obtenus peuvent varier du bleu pur à un violet rouge selon l’espèce et le processus d’extraction. Ces différences proviennent essentiellement de la proportion indigo/pourpre fournit par le mollusque. Quelques autres composés colorés minoritaires ont récemment été identifiés.
L’utilité pour le mollusque de ces produits n’est toujours pas clairement élucidée 13,18,21.
Durant des siècles des régions entières autour de la Méditerranée comme Tyr au Liban, Tarente au sud de l’Italie ou encore Sidon (l’actuelle Saida) étaient entièrement consacrées à cette production.
Une mosaïque a même été retrouvée à Pompéi représentant le Murex à pourpre parmi d’autres organismes marins36.

En 1864, le Français Gaillardot découvrait vers Saida une colline de 120 mètres de long sur 6 à 8 mètres de haut, entièrement constituée de Murex Trunculus. Les coquillages avaient tous été fracturés de la même manière, avec un instrument approprié, à l’endroit ou se trouve la glande sécrétant la pourpre. Ces montagnes de coquillages confirment l’importance de cette industrie de la pourpre.

Dans ces grandes teintureries régnait une odeur infecte (infectus signifiant d’ailleurs teindre en latin) rappelant l’ail ou des matières soufrées.
L’odeur qui accompagne cette extraction était tellement désagréable que des régions étaient complètement invivables sur plusieurs kilomètres.
On sait maintenant que l’odeur provient de la partie fixée sur le dérivé indoxyle (le précurseur incolore et soluble qui se trouve dans le mollusque) qui est soufrée et se détache en formant des mercaptans rappelant l’odeur du chou pourri11.

Sur d’autres continents, comme en Amérique du Sud, on connaissait également la pourpre, elle était extraite d’autres mollusques.
De nombreux tissus pourpre inca ou même préincaïque de l’époque Paracas ( ~100 av. J.-C.) au Pérou ont été découverts. Ces civilisations avaient utilisé de la pourpre extraite de Concholeptas peruviana.
En Amérique Centrale, plus précisément dans le village de Pinotepa de Don Luis, sur la côte Pacifique du Mexique, il existe encore des artisans teignant avec de la pourpre extraite de Purpura patula. Ils appliquent la sécrétion des mollusques sur des écheveaux de fibres végétales ou animales. Le liquide purpurigène est contrairement au Murex émis peu après que le mollusque est détaché des rochers sur lesquels il se fixe. C’est un liquide d’abord incolore qui devient très vite laiteux puis jaunâtre, verdâtre et termine par un beau violet. La fibre est ensuite rincée et séchée.
La procédure est répétée un nombre incalculable de fois jusqu’à obtenir la tonalité désirée. On a retrouvé des étoffes presque noires qui ont certainement demandé des années de coloration17,37.

Déjà en 1685 Cole 6 publie un travail sur ce qu’il appelle le “ Poisson Pourpre ” ce sera une des premières publications scientifiques sur le sujet.
A la fin du siècle dernier, Schunk 29 fut le premier à isoler la couleur se trouvant dans l’espèce de mollusque “ Purpura lapillus ” que l’on trouve en quantité sur les côtes du Nord de l’Europe. Avec beaucoup de peine il obtint 7 milligrammes de couleur à partir de 400 coquillages. La quantité ne suffira cependant pas à identifier le produit.
Letellier 20, dans un travail remarquable, continuera ces recherches, isolant plusieurs composés des glandes du mollusque, sans parvenir à en déterminer les structures.

Au début du siècle, dans un laboratoire de Vienne, en Autriche, Friedländer synthétise un dérivé soufré de l’indigo d’un très beau violet.
Cette couleur ainsi que l’odeur dégagée durant sa fabrication, lui rappellent les textes anciens décrivant les teintureries de pourpre. Friedländer avait-il, sans le savoir, fabriqué la pourpre de Tyr ou pourpre impériale si chère aux grands dignitaires de l’Antiquité ?
L’hypothèse méritait d’être vérifiée 14.
Après un travail gigantesque, il isole 1,4 grammes d’une matière très foncée extraite d’environ 12 000 coquillages, plus précisément de l’espèce “ Murex Brandaris ”15.
Une analyse soignée montre que cette matière ne contenait pas de soufre.
Ce n’était donc pas l’antique couleur qu’il avait fabriqué.
L’analyse montre cependant qu’à défaut du soufre, cette matière contient, en plus du carbone, de l’hydrogène, de l’azote et de l’oxygène, une forte quantité de brome, environ 38 %.
Diverses réactions lui permettent cependant de confirmer que son hypothèse n’est cependant pas complètement fausse. Il avait bien entre les mains une molécule apparentée à celle de l’indigo.

Les chimistes de l’époque avaient déjà fabriqué des milliers de nouvelles molécules dans cette grande famille de l’indigo, la plupart trop chères, trop peu solides à la lumière, au lavage, aux lessives ou au chlore. Ils en avaient breveté des centaines, parmi elle se trouvait la molécule que Friedländer venait d’isoler du Murex. Mais il ne le savait pas encore.
De longues expériences éliminaient petit à petit telle ou telle structure et lorsqu’il ne resta plus que quelques possibilités, il se mit à synthétiser celles-ci.
Le verdict tomba après deux ans de recherche. Il s’agissait du 6,6’-Dibromoindigo.
En 1922, Friedländer16 montrera que les 7 milligrammes isolés par Schunk en 1879 sont identique au composé qu’il a extrait du Murex brandaris.
Les chimistes l’appellent maintenant 38:
6-bromo-2-(6-bromo-1,3-dihydro-3-oxo-2H-indol-2-yliden)-1,2-dihydro-3H-indol-3-on.
Preuve qu’ils ont parfois de l’humour !

La nature avait donc fabriqué une structure qui ne se différenciait de l’indigo que par deux atomes de brome fixés sur la molécule de l’indigo.
Avec cette découverte, le mystère de la pourpre était élucidé après plusieurs millénaires d’utilisation et de recherches.

BIBLIOGRAPHIE :

Pour des ouvrages ou articles généraux sur les couleurs naturelles consulter les réf. 5,30, sur l’indigo1,2,26,31, sur la pourpre4,7,22,23,24,27.

1 Balfour-Paul J. “ Indigo in the Arab World ”. Curzon Press, 1997.
2 Balfour-Paul J. “ Indigo ”. British Museum Press, 1998.
3 Berthelot M. “ Papyrus de Leyde”. Archéologie et Histoire des Sciences, Paris,1906.
4 Born W. “ La pourpre ”. Les cahiers Ciba, 1946, 142-170.
5 Cardon D.,Chatenet G. “ Guide des teintures naturelles ”. Delachaux et Niestlé, 1990.
6 Cole W. “ purple fish”. Phil. Trans. Roy. Soc. 1685, 15, 1278-1286 traduction en français dans Journal des Sçavans, 1686, 241-247.
7 Cooksey C. J. “ Bibliography : Tyrian (Shellfish Purple ”. Dyes in History and Archeology, 1993, 12, 57-65.
8 Dedekind A. “ Recherches sur la Pourpre Oxyblatta”. Arch. Zool. Expér.(3), 1896, 4, 481-516.
9a Dedekind A. “ Ein Beitrag zur Purpurkunde ”, Berlin,Vol. I, 1898, p.20.
9b Dedekind A. “ Ein Beitrag zur Purpurkunde ”, Berlin,Vol. I-IV , 1898-1911
10 De Kort I., Thijsse G. “ A revision of the Genus Indigofera (Leguminosae-Papilionoideae) in Southeast Asia”. Blumea 1984, 30, 89-151.
11 Derrien E. “ L’odeur de la pourpre”. Bull. Acad. Sc. Lettres Montpellier, 1911, 168-190.
12 Dubois R. “ Recherches sur la Pourpre et quelques autres Pigments Animaux ”. Arch. Zool. Expér.(5), 1909, 2, 471-590.
13 Erspamer V. Benati O. “ Identification of Murexine as -[Imidazolyl-(4)]-Acryl-Choline ”. Science, 1953, 117, 161.
14 Friedländer P. “ Zur Kenntnis des Farbstoffs des antiken Purpurs aus Murex brandaris ” Monatshefte f. Ch. 1907, 28, 991-996.
15 Friedländer P. “ Über den Farbstoff des antiken Purpurs aus Murex brandaris ” Chem. Ber. 1909, 42, 765-770.
16 Friedländer P. “ Über die Farbstoffe aus Purpura aperta und Purpura Lapillus ” Chem. Ber. 1922, 55, 1655-1658.
17 Gerhard P. “ Emperors’ Dye of the Mixtecs”. Natural History , 1964, 117, 26-31.
18 Jullien A. “ Recherches sur les fonctions de la glande hypobranchiale chez Murex trunculus ”. Soc. Biol. Lyon, 1948, 142, 102-103.
19 König R. “Zur Geschichte der Pigmente: Plinius und seine “Naturalis Historia””. Fette, Seifen,Anstrichmittel, 1960, 7, 629-637 (634-635).
20 Letellier A. “ Recherches sur la Pourpre produite par le Purpura Lapillus”. Arch. Zool. Expér.(2), 1890, 8, 361-408.
21 Lison L. “ Etudes histochimiques sur la glande à pourpre des Murex ” J. Physiol. Path. Gén., Paris, 1933, 31, 82-99.
22 McGovern E., Michel R.H. “ Royal Purple Dye : Tracing Chemical Origins of the Industry”. Anal. Chem., 1985, 257, 1515A-1521A.
23 Paulys Realencyclopädie der Classischen Altertumswissenschaft “Purpura”. 1852, 279-283.
24 Paulys Realencyclopädie der Classischen Altertumswissenschaft “Purpura”. 1959, 2000-2020.
25 Pouliquen J., Kossanyi J. “ Du manteau de Pourpre de César aux blue jeans en passant par le pays de Cocagne ”. New J. Chem. 1992, 16, 331-335.
26 Sandberg G. “ Indigo Textiles, Technique and History ”. Lark Books, Asheville North Carolina, 1989.
27 Sandberg G. “ The Red Dyes, Cochineal,Madder,and Murex Purple”. Lark Books, Asheville North Carolina, 1997.
28 Schenzinger K.A. “ Anilin ”. Im Lesering, Das Bertelsmann Buch, 1952.
29 Schunk E. “ Notes on the Purple of the Ancients”. J. Chem. Soc., Papers 1879, 35, 589-576.
30 Schweppe H. “ Handbuch der Naturfarbstoffe”. ecomed, 1993.
31 Seefelder, “ Indigo, Kultur, Wissenschaft und Technik”. ecomed, 1994.
32 Steigerwald G. “ Die antike purpurfärbarei nach dem Bericht Plinius des Älteren in seiner “Naturalis Historia””. Traditio, 1986, 42 (1), 1-57.
33 Steigerwald G. “ Das Kaiserliche Purpurprivileg in spätrömischer und frühbyzantischer Zeit ”. Jahrbuch für Antike und Christentum, 1990, 33, 209-239.
34 Steigerwald G. “ Die Purpursorten im Preisedikt Diokletians vom Jahre 301 ”. Byzantinische Forschungen, 1990, 15, 219-276.
35 Stulz H. “ Die Farbe Purpur im frühen Griechentum ”. Teubner, 1990.
36 Thompson T.E. “ A marine biologist at Pompeii AD 79”. Nature, 1977, 265, 292-294.
37 Turok M. “El caracol púrpura”. Dirección General de Culturas Populares, Mexico,1988.
38 Voss G., Gerlach H. “ Regioselektiver Brom/Lithium-Austausch bei 2,5-Dibrom-1-nitrobenzol.-Eine einfache Synthese von 4-Brom-2-nitrobenzaldehyd und 6,6´-Dibromindigo ”. Chem. Ber., 1989, 122, 1199-1201.
39 Zollinger H. “ Welche Farbe hat der Antike Purpur ”. Textilveredlung, 1989, 24 (6), 207-212.

Le conservatoire des ocres et de la couleur

le conservatoire de la couleur

L'usine Mathieu, conservatoire des ocres et de la couleur
A l'image d'un conservatoire de musique, le rôle du Conservatoire de la couleur est de pratiquer la discipline que l'on entend conserver. Ici, la couleur se vit par le geste et par la transmission des savoir-faire. Le centre de formation, la librairie et le comptoir spécialisé sont au service de cette mission.
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les salles de formation

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Roussillon en Provence

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Roussillon est un village magnifique, au cœur du massif ocrier classé du Luberon, et il en a la couleur. La visite du sentier des ocres, au bord du village, est indispensable. A quelques kilomètres, à Gargas, les spectaculaires mines souterraines de Bruoux valent le détour.
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