Ecole de Printemps 2014 – Illusion

« Couleurs matérielles et immatérielles : l’illusion »
du lundi 24 au vendredi 28 mars 2014

CNRS okhra logos EDP 2014

Comité scientifique : Christine ANDRAUD (MNHN, CRCC), Serge BERTHIER (Institut des Nanosciences de Paris, Université Paris 7, Paris) – Michel BLAY, vice-président du comité scientifique, DRCE CNRS – Jean Francis BLOCH (UMR 5518, Institut Polytechnique de Grenoble G-INP / Pagora/ LGP2) – Valérie Da COSTA (Département Histoire de l’Art, Université de Strasbourg) – Jean-Marc FRIGERIO (Institut des Nanosciences de Paris UMR 7588, Université Pierre et Marie Curie) – Doris GOMEZ, présidente du comité scientifique (Museum National d’Histoire Naturelle et CNRS) – Michel IMBERT (Ecole Normale Supérieure, Paris) – Jacqueline LICHTENSTEIN (Université Paris Sorbonne) – Pascal MAMASSIAN (CNRS ENS, Laboratoire des Systèmes Perceptifs, Institut  d’Etudes cognitives/ GDR 3045 Vision)  – Michel MENU (Centre de Recherche et de Restauration des Musées de France, CNRS UMR 171, Ministère de la Culture, Paris).

Comité d’organisation :  Jacques LAFAIT (Institut des Nanosciences de Paris CNRS UMR 7588, Université Paris 6) – Barbara BLIN BARROIS (ôkhra, Centre Français de la Couleur), Sophie LEDUC (ôkhra). L’Ecole de printemps est destinée à faire le point sur les connaissances scientifiques disponibles sur la couleur, principalement en recherche fondamentale, avec une ouverture sur la recherche-développement.

 

L’illusion, qui résulte in fine d’une interprétation erronée de la réalité, procède d’un jeu complexe entre des éléments colorés placés dans un contexte (sources de lumière, matières, surfaces, formes, contrastes) et leur traitement par le système cognitif (réception des signaux, interprétation, adaptation). L’art, le vivant, la physique, la chimie, les neurosciences, la culture et les sciences sociales ont toutes à faire avec l’illusion. En analyser les origines et les effets permet de s’en affranchir ou inversement, de les reproduire et les extrapoler, des questions en plein développement scientifique et industriel. Comprendre l’illusion, c’est mieux comprendre la réalité du monde et son évolution future. axes du programme  :

  1. fondements philosophiques, socio-culturels et artistiques
  2. mécanismes physiques, psychologiques et biologiques
  3. effets physiques, matériaux et applications industrielles

 PROGRAMME

Lundi 24 mars
JOUR 1 – ACCUEIL, INTRODUCTION, PREREQUIS
12h15 Votre arrivée à Avignon TGV – Navette vers Roussillon
13h30 buffet d’accueil ôkhra
14h45 Accueil et organisation de l’Ecole Barbara Blin Barrois
15h15 Objectifs de formation de l’Ecole thématique Couleurs et Illusions
Doris Gomez (Présidente de l’Ecole 2014, CNRS MNHN )
15h45 Remarques philosophiques à propos de l’Illusion
Michel Blay (Directeur de recherche émérite au CNRS et rédacteur en chef de la revue d’Histoire des Sciences)

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 L’illusion peut être définie comme l’interprétation erronée d’une perception, mais une interprétation ayant la propriété de ne pas se dissiper lorsque l’on en prend conscience. Une jambe immergée en partie dans de l’eau apparaît comme brisée, or, bien que nous sachions que cela est faux, nous persistons à la voir brisée. Quel est donc le statut de l’illusion, comment par delà l’illusion, connaître cependant avec certitude et dans quelles limites? Nous traiterons de cet ensemble de questions en les considérant comme un préalable à tout travail portant sur l’illusion. 
17h05 pause
17h20 Couleur et illusion dans l’image photographique
Kim Timby (EHESS Ecole du Louvre)

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Reproduire les couleurs a été un des défis techniques majeurs à marquer l’histoire de la photographie : les images créées en enregistrant l’action de la lumière devaient pouvoir refléter la diversité chromatique de celle-ci, et se rapprocher ainsi de notre perception oculaire du monde. Les couleurs obtenues en photographie ne constituent pas pour autant un enregistrement exact ou neutre, que ce soit de la lumière entrant dans l’appareil photographique ou a fortiori de ce que voit le photographe. Ce cours mettra en évidence que les photographies en couleurs sont obtenues par des astuces techniques. Ces techniques, et les images qui en résultent, sont des constructions culturelles, marquées par les connaissances et les matériaux de leur époque et par les attentes de leurs publics, y compris dans le rendu des couleurs.
18h05 pot de bienvenue et tour de table de présentation des participants
19h15 navettes hôtels et chambres d’hôtes
20h15 dîner
Mardi 25 mars
JOUR 2 – Modérateur Doris GOMEZ
9h Illusions, camouflage et mimétisme dans le monde vivant
Julien Renoult (CNRS, Institut Art Création Théorie & Esthétique,
UMR 8218 – Université Paris 1 Sorbonne)

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Nous présenterons les différents mécanismes basés sur la coloration qui sont déployés par les plantes et les animaux afin de faire illusion auprès de leurs partenaires sexuels, leurs pollinisateurs, ou encore de leurs prédateurs. Nous étudierons les conditions d’apparition et de maintien de ces mécanismes à l’échelle évolutive. Ce cours permettra en outre de réfléchir sur la nécessité de bien connaître les mécanismes sensoriels ou la psychologie de l’observateur pour étudier les illusions chez les animaux et végétaux, ainsi qu’au risque d’anthropocentrisme dans de telles études.
10h20 Pause
10h50 Des mirages à la cape d’invisibilité
Christine Andraud (Museum National Histoire Naturelle, Centre de Recherche sur la Conservation des Collections, CNRS USR 3224)

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Du célèbre bâton rompu de Descartes, aux mirages tels que les Fata Morgana, nous verrons que l’ensemble de ces illusions est issu de modulations de l’indice optique des matériaux aux travers desquels la lumière se propage. Au delà de la compréhension de ces phénomènes naturels, nous découvrirons que l’homme a imaginé d’autres manipulations de cet indice optique, qui nous conduiront un jour à la cape d’invisibilité…
12h10 Pierres précieuses : teintes changeantes & contrefacons courantes
Emmanuel Fritsch, Institut des Matériaux Jean Rouxel et Benjamin Rondeau, Laboratoire de Planétologie et Géodynamique de Nantes. (Université de Nantes & CNRS)

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La couleur des gemmes se prête parfois aux illusions, elle peut être changeante avec l’orientation, l’éclairage, ou encore la température. Plus prosaïquement, les imitations convaincantes produisent l’illusion de la richesse.   
13h Déjeuner
Modérateur Christine Andraud
15h Couleurs chaudes, couleurs froides, une illusion ?
Françoise Viénot (Professeur émérite au Muséum National d’Histoire Naturelle, Centre de Recherche sur la Conservation des Collections CNRS USR 3224)

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Les termes « Couleurs chaudes, couleurs froides », largement admis dans le vocabulaire quotidien et dans les disciplines artistiques, sont empreints de subjectivité. En éclairagisme, ils caractérisent une ambiance. Récemment, la découverte de cellules rétiniennes, contrôlant entre autres le rythme circadien et l’ouverture pupillaire, vient d’offrir une base physiologique à l’interprétation du ressenti des individus. Plusieurs équipes de recherche mettent en place des mesures objectives de la réponse d’un sujet aux variations du spectre de la lumière, sans conscience d’un changement de couleur. L’exposé donnera l’occasion de rappeler la notion de « Température de couleur proximale » en colorimétrie.
15h45 Brève histoire des couleurs subjectives : l’illusion d’une illusion
Jean Le Rohellec (PhD en sciences cognitives et photographe indépendant)

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D’une façon classique, la perception de la couleur résulte d’une étape initiale où les signaux – générés au niveau de photorécepteurs sensibles à différentes parties du spectre de la lumière – sont comparés. L’excitation différentielle est commandée par les caractéristiques spectrales de la lumière où certaines longueurs d’onde sont sur-représentées en regard d’autres. Pourtant, dans certaines conditions temporelles et spatiales de stimulation, une lumière « achromatique » (ou « lumière blanche ») peut générer une perception colorée. Les couleurs ainsi perçues sont appelées couleurs subjectives.Nous proposons ici un historique de la mise en évidence des couleurs subjectives où nous décrivons les principes sur lesquels reposent les dispositifs destinés à en produire.
16h30 Pause
17h>19h les doctorants présentent leurs travaux
animé par le comité scientifique

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il n’y a pas de présentation de poster dans cette école mais étudiants et doctorants disposent d’un temps de 10 minutes pour une présentation (5 slides max) et un échange sur leur recherche et leurs attentes. Cette présentation en début d’Ecole favorise les interactions avec les intervenants ou participants comme autant de ressources potentielles pour inspirer ou stimuler leurs travaux.
20h Dîner puis soirée libre
Mercredi 26 mars
JOUR 3 – Modérateur Jean Marc Frigerio
9h Bases neurologiques de perceptions visuelles
Michel Dojat (INSERM-UJF,  Institut des Neurosciences Grenoble)

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Notre cerveau construit une représentation du monde à partir des informations bruitées et incomplètes dont il dispose et d’un ensemble d’a priori. Cela nous permet d’agir et de nous adapter dans différentes situations complexes et nouvelles.  Cependant, certaines configurations spécifiques conduisent à des illusions perceptuelles ou cognitives. Leur étude intéresse à la fois l’artiste, qui les construit à dessein pour induire chez l’observateur des représentations et des états mentaux spécifiques, et le neuroscientifique qui les utilise pour explorer les constructions cérébrales au-delà des informations reçues.  Nous présenterons, sur base de la littérature et des  études menées dans notre équipe, différents travaux explorant, à l’aide de la neuroimagerie, les corrélats neuronaux impliqués dans la vision des couleurs et certaines illusions cognitives visuelles telles l’effet aquarelle, la synesthésie, les hallucinations ou le rêve, qui nous renseigne sur la vision humaine et le fonctionnement cérébral.
10h20 Pause
10h50 Perception visuelle sous incertitude
Pascal Mamassian (Directeur de recherche CNRS & École Normale Supérieure)  

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 Notre perception visuelle du monde nous permet d’apprécier la beauté naturelle d’un coucher de soleil, le coup de pinceau d’une toile de maître ou le sourire malicieux d’une personne aimée. Chacun de nos regards semble nous apporter une richesse de détails des objets qui nous entourent, avecune précision des couleurs de chaque objet et une certitude de pouvoir détecter le plus petit mouvement. Cependant, tout ceci n’est qu’illusion ! Il est facile de briser cette idée idyllique de notre vision en mettant à jour les limites physiologiques et psychologiques de notre système visuel. L’objectif de cette présentation est de montrer que notre vision est fondamentalement incertaine, chaque image traitée par nos rétines pouvant être raisonnablement interprétée d’une multitude de manières. Du fait de ces incertitudes, certaines de nos perceptions constituent une véritable prise de risque, comme lorsque nous souhaitons traverser une rue et éviter les voitures qui viennent vers nous. Quelles sont les origines de l’incertitude visuelle et comment y faisons-nous face ?
11h35 L’achromatopsie cérébrale et les mécanismes cérébraux du traitement des couleurs
Paolo Bartolomeo (INSERM, PICNIC Lab, Institut du cerveau et de la moelle épinière, Paris)

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Des lésions acquises du cortex occipito-temporal peuvent perturber la perception des couleurs chez l’homme. Ces troubles sont connus sous le nom d’achromatopsie cérébrale, afin de les distinguer des dysfonctionnements des photorécepteurs rétiniens. Les patients atteints d’achromatopsie cérébrale voient le monde dans des tons de gris, ou en couleurs délavées en cas de dommage partiel. Des lésions unilatérales peuvent déterminer une achromatopsie dans l’hémichamp visuel controlatéral, ou hémi-achromatopsie. Les patients achromatopsiques ne sont pas capables de mettre en ordre (p. ex., du rouge au bleu) un ensemble de pastilles de couleurs différentes (test de Farnsworth), ni de discriminer les stimuli (identifiés uniquement par la couleur) contenus dans les tableaux de Ishihara. En outre, ils ne peuvent pas mettre ensemble les couleurs semblables (par exemple, dans le test de Holmgren, constitué par des écheveaux de laine de différentes couleurs). D’autres lésions, le plus souvent dans l’hémisphère gauche, peuvent induire une agnosie des couleurs. Ces patients n’ont pas de trouble perceptif, mais ils ont perdu leurs connaissances sur les couleurs: ils ne peuvent pas colorier de façon appropriée des dessins en noir et blanc; ils ne savent pas définir la couleur caractéristique d’objets nommés par l’examinateur, comme une banane ou un camion de pompiers. Dans l’anomie des couleurs, la perception et la connaissance des couleurs sont préservées, mais le patient est incapable de nommer les couleurs sur présentation visuelle ou de désigner la couleur nommée par l’examinateur parmi plusieurs pastilles colorées. Il peut s’agir d’une disconnexion visuelle-verbale, en raison de laquelle le langage ne peut pas accéder au percept visuel. Ce trouble de nature plus spécifiquement linguistique est décrit après des lésions du cortex temporo-occipital de l’hémisphère gauche.
12h20 Déjeuner
14h00 – 17h30 Atelier (choix à préciser lors de votre inscription)
 1. Un tour de main au service de l’illusion
Solène Delahousse, (artisan fresquiste)

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Comment créer l’illusion de la matière en ne jouant qu’avec la roche et le pigment ? : Dans un premier temps on observera ce qui « fait illusion » dans les matériaux : bois, tissu, galets, ou marbre….est-ce la couleur ou l’aspect ? La texture, le grain ou encore la matité et la brillance ? Puis il s’agira de « mettre la main à la pâte »  afin de produire l’illusion. Chacun choisira un sujet et se questionnera en vue de créer une illusion de matière. Les participants seront guidés par l’artisan-formatrice dans la réalisation de cet échantillon.
 2. Matière et illusion : la couleur « sensible » et visite au laboratoire de restauration des patrimoines de l’université d’Avignon
Cathy Vieillescazes, UMR IMBE – CNRS 7263 / IRD 237 Ingénierie de la restauration des patrimoines naturel et culturel Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse et Marjorie Nastro, Conservation-restauration d’oeuvres peintes

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La visite sera axée sur les matériaux de la retouche, utilisés en conservation-restauration, les techniques employées pour «faire illusion» ainsi que les problèmes rencontrés. La réflexion sera élargie aux nouveaux matériaux et aux problématiques engendrées, à la difficulté de «conserver l’illusion». Dans le domaine de la création contemporaine, une autre expérience de l’œuvre est possible, et invite le spectateur à appréhender et à investir de manière sensible le lieu de la couleur, valant moins comme milieu physique que comme générateur de sensations et d’illusions. 
3. Miroirs, couleurs, illusion et photographie
Philippe Durand (photographe, associé Culture Couleur)

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Les photographes ont toujours été attirés par les miroirs, depuis les distortions d’André Kertész jusqu’aux innombrables selfies sur Instagram. Dans cet atelier, nous jouerons aussi avec des miroirs, en explorant comment les utiliser pour créer des illusions, colorées de préférence.
Nous nous inspirerons du travail d’artistes, entre installation et photographie, comme Daniel Kukla, Seokmin Ko, Philip K. Smith III, les paysagistes Meir Lobaton Corona et Ulli Heckmann, ou le travail en laboratoire de Jerry Uelsmann, John Paul Caponigro ou Reynald Drouhin.
4. L’illusion par la ligne et par la couleur
Visite de la Fondation Vasarely à Aix-en-Provence, commentée par des membres du comité scientifique
5. Ambiance chaude ou froide ? avec barbouillage de métamères
Françoise Viénot, MNHN

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Expérimentation des ombres colorées produites ou apparentes selon différentes modalités d’éclairage et de conditions d’observation. 
18h30 Pour le comité scientifique : réunion pédagogique
Pour les participants : visite de l’ancienne usine d’ocre et du Conservatoire, Sophie Leduc (ôkhra)
19h30 Dîner
21h15>22h15 Conférence du soir : promenade photographique sur l’art de l’illusion Philippe Durand (photographe, associé Culture Couleur)
Jeudi 27 mars
JOUR 4 – Modérateur Valérie da Costa
9h Couleur et cosmétique : réflexions sur l’illusionisme en peinture
Jacqueline Lichtenstein (Université Paris 1 Panthéon La Sorbonne)

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Cosmétique : chose malfaisante, décevante, basse,indigne d’un homme libre, qui emploie pour séduire les formes, les couleurs, le poli, les vêtements et qui fait qu’en recherchant une beauté étrangère, on néglige la beauté naturelle que donne la gymnastique. » Platon, le Gorgias . Si la couleur n’est pas le seul exemple que donne Platon de cet art de la « cosmétique » qui consiste à maquiller le vrai et à tromper, il est néanmoins un exemple privilégié, qui servira longtemps de référence à tous les discours qui s’efforceront de condamner la peinture en tant qu’art de la couleur. Dans le discours sur la peinture et dans le discours contre la peinture, la couleur est toujours associée au fard et à l’illusion. De l’antiquité, jusqu’à l’époque moderne, c’est en raison des pouvoirs illusionnistes de la couleur que la peinture sera louée par les uns, condamnée par les autres. La postérité de l’histoire des raisins de Zeuxis rapportée par Pline- des raisins si bien peints qu’ils parvinrent à tromper des oiseaux- en est la meilleure illustration. Partant de la critique Platonicienne de l’illusion picturale, qui vise l’invention de ce que l’on appelle la skiagraphie, nous tacherons d’analyser la nature et la fonction de ce discours sur l’illusion produite par les couleurs dans le champ du discours sur l’art, à travers notamment la question du trompe-l’oeil.
10h20  Pause
 
10h50 Cinétisme et persistance rétinienne dans l’art du XXème siècle
Matthieu Poirier, Docteur en histoire de l’art, critique et commissaire d’exposition
12h00 Déjeuner
Modérateur Michel Blay
15h L’illusion du tekhelet, la quête de couleurs perdues
Inge Bosken Kanold (artiste et experte de la pourpre auprès de musées internationaux)

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Tekhelet, le bleu de la Bible, la couleur sacrée du peuple juif, longtemps perdue maintenant retrouvée, n’est autre que l’indigo issu d’un escargot de mer. Déjà Moïse faisait la différence entre la pourpre rouge (ARGAMAN) et la pourpre bleue (TEKHELET) en se référant aux objets sacrés qui servaient au culte de Dieu. Il ordonne aux croyants le port d’un fil teint en Tekhelet dans les franges de leurs vêtements pour qu’ils se rappellent Dieu à tout instant et obéissent à ses ordres. Pourquoi le Tekhelet fut-il élu entre toutes les couleurs ? « Parce que le Tekhelet est comme la mer et la mer comme le ciel, le ciel comme le saphir et le saphir comme le trône de gloire. » d’après une citation de Rabbi Meir. Comme peintre, cette couleur perdue m’a tellement fascinée qu’au début des années quatre-vingt-dix je me suis mise à sa recherche. Pour l’archéologie textile et sur les parchemins, cette couleur est, encore aujourd’hui, au coeur de nombreuses croyances et mystères irrésolus.
15h45 Tissage, couleur et illusion, quelques familles
Jean-Paul Leclercq (ancien conservateur au musée de la Mode et du Textile, Les Arts décoratifs)

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 L’étude des étoffes, anciennes ou contemporaines, celle de cours de tissage manuscrits avec échantillons comme ceux de Lyon de 1805 à l’entre-deux-guerres, et la consultation des traités à l’usage des fabricants révèlent, comme chacun peut le supposer, plusieurs familles d’illusions fondées sur la couleur, les unes clairement intentionnelles, d’autres qui peuvent n’être que des propriétés de fait, parfois restées inconnues des fabricants.Le vocabulaire du métier conduit à s’intéresser aux armures factices, connues aussi sous le nom de façonnés par la couleur, expression qui traduit l’illusion d’un dessin tissé.
La brillance de la soie favorise les effets directionnels. L’opposition satin blanc pour les hautes lumières et armure à côtes transversales pour le reste du dessin permet une coloration différentielle lorsque l’on joue sur deux éclairages sens chaîne de direction opposée et peut simuler de façon convaincante une gamme de coloris.
Un simple taffetas changeant, chaîne d’une couleur, trame d’une autre, peut donner lieu à deux familles interprétations erronées.
Un gros de Tours caméléon présente une asymétrie de couleur haut/bas en éclairage et vue sens chaîne dans la même direction, précurseur de certains travaux de l’art cinétique.Les colorants viennent compliquer les choses : issue d’une image argentique ou d’un capteur numérique, l’apparence colorée de la reproduction peut être radicalement différente de l’apparence visuelle de l’étoffe.
 16h30 Pause
17h Les couleurs de l’espace virtuel dans le rituel chamanique Charles Stépanoff (Ecole Pratique des Hautes Etudes, Paris Sorbonne)

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Les grands rituels chamaniques sibériens ont pour but de ramener l’âme égarée d’un malade, de prolonger la vie, d’apporter le bonheur, de faire partir les démons et les esprits des morts. Ces rituels font vivre à ceux qui y participent une expérience de l’espace hors du commun : des actions accomplies ici et maintenant sont supposées se produire dans des lieux éloignés comme le ciel, le monde inférieur, les montagnes. Comment le chamane s’y prend-il pour faire partager au public cette perception modifiée qui permet de concevoir collectivement un espace virtuel au-delà de l’espace réel ? Outre des outils linguistiques et gestuels, le chamane dispose de signaux visuels dans lesquels les couleurs ont un rôle déterminant.
17h45>19h Travaux en sous groupes « pour aller plus loin dans l’interaction couleur&illusion
 20h  Soirée de clôture 
Vendredi 28 mars
JOUR 5 – Jean-Francis Bloch
 9h Illusions de forme, lumière et matière en informatique graphique
Romain Vergne (Université Joseph Fourier, Grenoble / INRIA / LJK)

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Trois éléments essentiels entrent en jeux dans la création d’une image de synthèse : la forme des objets, leurs matériaux, et l’environnement lumineux qui les entoure. Traditionnellement, des algorithmes physiquement réalistes sont utilisés pour combiner ces éléments et générer une image : des millions de rayons lumineux sont lancés dans la scène, rebondissent et s’accumulent sur les surfaces jusqu’à ce que le résultat soit acceptable. Mais ces méthodes sont longues (plusieurs heures de calcul) et ne sont ni intuitives, ni prédictives (si le résultat ne convient pas, il faut recommencer). Pendant ce cours, je présenterai des alternatives récentes qui ont été proposées dans le domaine de la synthèse d’images. Elles s’appuient notamment sur la perception visuelle pour développer des outils permettant de contrôler et manipuler efficacement les différents aspects d’une scène ou d’une image. Bien que physiquement fausses, les images résultantes donnent l’illusion de scènes plausibles pour l’oeil humain et ouvrent de nouvelles perspectives en informatique graphique.
10h30 L’utilisation des couleurs dans les jardins et paysages ruraux : de l’illusion à la recherche d’une vraie identité
David Tresmontant (Ingénieur paysagiste, Office National des Forêts) 

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 L’exposé propose une vision de l’évolution historique des jardins et des paysages ruraux sous l’angle de l’utilisation des couleurs. Coupés de leur environnement, trop sauvage, trop pauvre ou trop rustique, les jardins paradis, parcours initiatiques, décors de scène, prolongent l’architecture et incarnent la littérature et la peinture jusqu’au 19eme siècle. Ils s’ouvrent alors sur les paysages de la campagne et se confondent avec eux. Le langage de la décoration architecturale et théâtrale qui était utilisé pour imposer au regard du visiteur des couleurs porteuses de messages précis se transforme et devient celui et de la peinture de paysages de l’époque. A partir du milieu du 20eme siècle, les jardins nous montrent des harmonies de couleurs très élaborées et des morceaux de nature sauvage tandis que les paysages ruraux continuent de s’artificialiser. Le projet « couleurs de la nature » est une des réponses à cette banalisation : il aide à retrouver les identités de couleurs des sites ruraux avec les techniques du peintre et du paysagiste.
11h15 pause
11h45 La réintégration des oeuvres d’art ou comment tendre vers plus d’honnêteté par le biais de l’illusion
Emilie Checroun (Restauratrice du patrimoine spécialité peinture)

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 Dans les phases ultimes d’un traitement de conservation-restauration, une oeuvre d’art peut faire l’objet d’une réintégration chromatique qui vise à rendre la plus aisée possible sa lecture. Cette réintégration peut être totalement illusionniste, ou seulement partiellement.Nous verrons de quelle manière cette question se pose et comment, au travers d’une approche d’abord technique puis pluridisciplinaire nous faisons émerger les choix les plus souhaitables pour l’oeuvre. Nous aborderons, ainsi au travers d’exemples de peintures murales et de chevalet pour l’essentiel, les aspects déontologiues qui guident aujourd’hui nos parti-pris, les problématiques purement techniques et les effets d’illusions les plus couramment rencontrés.
13h Buffet
14h Synthèse interdisciplinaire, pistes de réflexion pour aller plus loin
Doris Gomez, Michel Blay et le comité scientifique
15h>15h30 Bilan pédagogique de l’Ecole Interdisciplinaire
Présentation des Thèmes d’Ecole et attendus pour une prochaine édition
avec les participants en présence des conseillers formation CNRS-
16h Clôture de l’Ecole et transfert vers la gare TGV

 

 

 

Le conservatoire des ocres et de la couleur

le conservatoire de la couleur

L'usine Mathieu, conservatoire des ocres et de la couleur
A l'image d'un conservatoire de musique, le rôle du Conservatoire de la couleur est de pratiquer la discipline que l'on entend conserver. Ici, la couleur se vit par le geste et par la transmission des savoir-faire. Le centre de formation, la librairie et le comptoir spécialisé sont au service de cette mission.
Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC) reconnue par l'État, ôkhra gère ce conservatoire en délégation de service public. Elle rassemble salariés, artistes, artisans, industriels, scientifiques, bénévoles et collectivités territoriales au sein d'une gouvernance partagée.

les salles de formation

une des salles de cours du conservatoire
Les formations se déroulent dans une des salles de cours du conservatoire, aménagées dans les anciens entrepôts d'ocre. L'usine Mathieu est une usine d'ocre réhabilitée, les stages se déroulent donc au cœur de la couleur.
Les installations sont simples, le luxe, c'est l'espace, la lumière et l'environnement. Les pauses déjeuners se prennent fréquemment en plein air (il fait souvent beau, vous êtes en Provence !).

Roussillon en Provence

le village de roussillon
Roussillon est un village magnifique, au cœur du massif ocrier classé du Luberon, et il en a la couleur. La visite du sentier des ocres, au bord du village, est indispensable. A quelques kilomètres, à Gargas, les spectaculaires mines souterraines de Bruoux valent le détour.
A quelques kilomètres d'Apt, on y accède par le TGV d'Avignon ou l'aéroport d'Aix - Marseille. De nombreuses solutions d'hébergement pour tous budgets sont proposées autour du conservatoire.