expo 2004 – ocres et oxydes

février à mai 2004

exposition couleur métal & cie

Depuis 10 ans, le conservatoire des ocres et pigments appliqués met en avant les pratiques liées à  l’usage des matériaux de la couleur et de l’ocre en particulier. Visiteurs enfants et adultes, artistes, artisans, industriels et chercheurs sont venus à  nous, nous ont apporté leurs connaissances et leurs interrogations. Aujourd’hui, cette première manifestation de la nouvelle programmation Métal, couleur & Cie vient leur rendre hommage :

  • pratique photographique : « un exotisme proche » de Catherine Gardone
  • pratique artistique : « Manières de peindre » de Jean-Pierre Brazs
  • pratique artisanale : « Couleurs pigmentaires » de Vincent Tripard
  • pratique industrielle : L’usine Mathieu-Thomassin en 1894, il y a 110 ans…

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un exotisme proche, Catherine Gardone

février à mai 2004

La force du paysage ocrier transforme notre personnalité et l’ouvre vers le rêve, vers l’ailleurs. Le travail photographique de Catherine Gardone au sentier des ocres à Roussillon a commencé en 1992. Il a consisté à observer, écouter, accompagner les visiteurs en famille, en groupe ou seuls, pour parfois capter un voyage inventé.

La présentation de cette exposition dans le cadre de la programmation Métal, Couleur & Cie, est importante pour nous à double titre : c’est la première fois que ce travail personnel est présenté à Roussillon et il illustre brillamment le poids symbolique de cette matière sur l’homme toujours prêt à retrouver ses instincts et ses croyances primitives que l’on retrouvera avec les métaux et les pigments d’origine métallique.

Nous avons rencontré Catherine Gardone au printemps 1994 sur la toiture chancelante de l’usine Lamy à Apt, pendant le chantier de démontage des moulins d’ocre, remontés depuis dans l’ancienne usine Mathieu. « L’oeil » de Catherine nous accompagne depuis cette époque et nous l’en remercions.

Dans le silence une lente respiration demeure, le soleil se fraie un passage dans les interstices des toitures, arrachant quelques incertitudes aux surfaces que l’ocre recouvre d’un or impalpable. Les lieux abandonnés par l’homme poursuivent une existence labile. Il y a quelque chose à l’oeuvre dans toute attente, une vie ténue peu à peu s’empare des sites et des choses. Le banal comme le sublime de notre environnement sont travaillés de l’intérieur par un exotisme proche, presqu’indiscernable tant son inscription nous est familière. C’est cependant cet ailleurs de proximité qui nous intéresse et nous exalte. Il y a quelque chose de jubilatoire dans certaines rencontres. Catherine Gardone

 

Manière de peindre, Jean-Pierre Brazs

février à mai 2004

En se demandant ce qu’il y avait avant l’oeuvre d’art, Jean-Pierre Brazs est parti sur le territoire à la recherche des matériaux du peintre. Sur son chemin, il a rencontré en mai 1995 l’ancienne usine Mathieu. Collection n° 1 fut présentée dans l’exposition « Pratiques Pigments-terre » en 1996 et son visuel est devenu depuis l’une des images identitaire du Conservatoire. Ces variations d’ocres imaginées en regardant « les petits pots », il s’agit en réalité de minéraux récoltés en Allemagne, en Espagne, en Bretagne, en Bourgogne et en Provence qui sont soit à l’origine de pigments (ocre jaune et rouge, terre verte, réalgar, rouge vermillon), soit à l’origine de métaux (fer, aluminium, mercure, plomb). Aux confluents de la matière, du territoire, de l’image et de l’imaginaire, « Collection n°1 » illustre notre parcours avec Jean-Pierre Brazs né d’une rencontre et nourri, d’échanges et de projets communs.

 

Collecter des argiles et des sables ocreux, de l’hématite, des terres et des schistes colorés, ainsi que différents minerais de fer, d’aluminium, de mercure et d’arsenic. Pour cela se rendre dans le Cher à Saint-Georges-sur-la-Prée, en Puisaye dans la carrière de Saint-Amand, dans les carrières de Gargas, de Rustrel et de Roussillon et dans la région où furent peintes les voûtes de l’Abbaye dédiée à Saint- Savin. Dans les anciennes carrières de l’Hérault retrouver les variétés de bauxite que colore l’hématite. Se procurer de la limonite de Malaga, du cinabre extrait depuis la plus haute antiquité des carrières d’Almaden en Espagne et de l’orpiment. Sur le site sidérurgique de Völklingen en Sarre récolter des résidus plus ou moins chargés en oxydes de fer. En Thiérache, extraire des pigments de l’argile marneuse dite « terre jaune » et de l’argile bleue nommée “potasse ». Broyer aussi des briques de différentes couleurs. Aux endroits où furent brûlées les souches des derniers défrichements, la terre est plus sombre des cendres retenues et de l’oxydation subie : en extraire un pigment qui pourra s’appeler « terre brûlée de la Thiérache ». Dans le Pays de Rennes, se rendre sur le tertre gris du Mont Alahart pour y récolter des schistes argileux, et des terres rouges et grises. Dans les carrières abandonnées des bords de la Vilaine, choisir différents sables marins fossiles, riches parfois d’une belle ocre rousse. Ayant collecté ce qu’il faut de matières minérales, les broyer si nécessaire dans un mortier de fonte, puis par le procédé de la lévigation isoler sables et matières résiduelles et recueillir les eaux colorées qu’il suffit de laisser décanter pour en extraire autant de pigments différents que l’oeil et l’eau peuvent en séparer : ocres jaune pâle, jaune sombre, jaune vif, rousses, rouges ou violacées, terres vertes et brunes, violet et vert pâle des schistes de Bretagne, rouge sourd de l’hématite, jaune violent de l’orpiment, étrange lumière du cinabre. Jean-Pierre Brazs – Manières de peindre (extraits)

 

Couleurs pigmentaires, Vincent Tripard

février à mai 2004

Eté 1993, Vincent Tripard organise à Roussillon, de sa propre initiative, dans une ancienne usine d’ocre en friche, une exposition d’enduits et de badigeons baptisée « Couleurs pigmentaires ». Rencontré en avril 1994, Vincent est aussi au début de l’aventure d’ôkhra et il anime dès 1996 des ateliers pour adultes. A une pratique d’artisan, Vincent Tripard ajoute une sensibilité et une maîtrise de la couleur acquise à Bruxelles auprès de l’Ecole Van der Kellen. Nous retrouvons ici encore, les matières, l’observation, les savoir-faire, l’ouverture aux pratiques artisanales voisines et le temps toujours nécessaire à la maturation et la conception de la belle ouvrage.

Les objectifs

  • Apprendre les couleurs pour les travailler dans un cadre d’exploitation naturel.
  • Retrouver une logique d’emploi correspondant aux techniques de construction traditionnelle.
  • Reconstituer ces valeurs esthétiques et techniques.

Les matériaux

Les pigments naturels offrent une grande diversité de tons et de nuances. Le travail traditionnel de ces matières fait appel à une « logique d’emploi ».

Les matières sont choisies pour leurs qualités spécifiques, également en fonction de leurs disponibilités sur le territoire. Elles ne sont pas le résultat des primaires rouge, jaune, bleu mais elles sont assemblées pour construire l’objet.

L’exercice

La connaissance des pigments dans « leur valeur et leur intimité », impose un travail d’observation. L’observation visuelle du pigment à elle seule, apporte peu d’éléments satisfaisants pour effectuer le choix judicieux facilitant :

  • la réalisation d’une couleur avec l’emploi d’un seul pigment,
  • la réalisation d’une couleur avec le plus simple mélange pigmentaire.

La proposition : l’aquarelle

Le choix de l’aquarelle, utilisant la gomme arabique comme liant, permet une faible altération de l’aspect coloré du pigment. Chaque couleur est exprimée ici en deux valeurs : transparence et saturation. Le travail des échantillons en peinture est un exercice de mémorisation.

La conservation des couleurs sur papier, à partir des échantillons de pigments, devient une collection, un outil de référence.

l’usine mathieu-thomassin

février à mai 2004

En cette année des dix ans d’ôkhra, nous vous proposons de découvrir comment l’usine d’ocre Mathieu-Thomassin fonctionnait il y a 100 + 10 ans, soit en 1894. A partir du fonds d’archives sauvé par Virginie de Jurquet et Patrick Icard et donné par Monsieur Grand, nous vous proposons trois parcours.

  • Le premier parcours est constitué de 28 « instants » pris aléatoirement dans la correspondance arrivée en 1894. Chaque lettre est à observer, lire et découvrir et vous emporte à travers le temps et l’espace. De la fourniture de wagonnets à la livraison d’ocre, de Moscou à Glasgow, d’Arsène Saupiquet, fabricant de sardines à Bruno Lampel, fabricant de couleur, tous ont entretenu une correspondance avec Camille Mathieu et Léon Thomassin.
  • Le second parcours, à travers 12 courriers reçus de Ernst Bartels de mars à juillet 1895, retracent la vie de trois commandes d’ocres de leur prise à leur livraison et 14 réponses de Mathieu-Thomassin.
  • Le troisième parcours, est plus centré sur la condition ouvrière et les horaires dans l’usine d’ocre en 1984. Deux fac-similés vous permettent de découvrir qu’Eugène Tamisier travailla 270 heures aux lavages et Adrien Madon 300 heures à la bluterie en avril 1894…

Camille Mathieu est né en 1862 à Roussillon. Il est élu Maire en 1895 et le restera 45 ans. Destitué par le gouvernement de Vichy en 1940, il meurt en décembre de la même année. En 1893, il hérite avec son cousin Léon Thomassin de l’entreprise d’ocre que leur grand-père Joseph Mathieu avait créé en 1870. L’usine Mathieu-Thomassin, quartier de la Balizone à Roussillon, fut absorbée en 1901 par la Société des Ocres de France, née du regroupement d’industriels bourguignons et provençaux. En 1995, l’ensemble des archives antérieures à 1901 est donné par Monsieur Grand, l’héritier de Léon Thomassin. Ce fonds exceptionnel représente 20 mètres linéaires et regroupe pour la période 1880-1900 :

  • la correspondance départ (sous forme de registre de pelures)
  • la correspondance arrivée (les lettres originales avec leurs entêtes)
  • 1012 échantillons d’ocres de cette période,
  • les cahiers de présence des ouvriers dans les lavages et la bluterie
  • les documents de transport ferroviaire et maritime
  • les livres de comptes. 


Le conservatoire des ocres et de la couleur

le conservatoire de la couleur

L'usine Mathieu, conservatoire des ocres et de la couleur
A l'image d'un conservatoire de musique, le rôle du Conservatoire de la couleur est de pratiquer la discipline que l'on entend conserver. Ici, la couleur se vit par le geste et par la transmission des savoir-faire. Le centre de formation, la librairie et le comptoir spécialisé sont au service de cette mission.
Société Coopérative d'Intérêt Collectif (SCIC) reconnue par l'État, ôkhra gère ce conservatoire en délégation de service public. Elle rassemble salariés, artistes, artisans, industriels, scientifiques, bénévoles et collectivités territoriales au sein d'une gouvernance partagée.

les salles de formation

une des salles de cours du conservatoire
Les formations se déroulent dans une des salles de cours du conservatoire, aménagées dans les anciens entrepôts d'ocre. L'usine Mathieu est une usine d'ocre réhabilitée, les stages se déroulent donc au cœur de la couleur.
Les installations sont simples, le luxe, c'est l'espace, la lumière et l'environnement. Les pauses déjeuners se prennent fréquemment en plein air (il fait souvent beau, vous êtes en Provence !).

Roussillon en Provence

le village de roussillon
Roussillon est un village magnifique, au cœur du massif ocrier classé du Luberon, et il en a la couleur. La visite du sentier des ocres, au bord du village, est indispensable. A quelques kilomètres, à Gargas, les spectaculaires mines souterraines de Bruoux valent le détour.
A quelques kilomètres d'Apt, on y accède par le TGV d'Avignon ou l'aéroport d'Aix - Marseille. De nombreuses solutions d'hébergement pour tous budgets sont proposées autour du conservatoire.